Aux sources de la Géobalade : quand la géologie transforme le regard du coach

Avant d’être coach professionnel, je suis géologue. Cette précision est importante, car elle explique une grande partie de ma manière de regarder les personnes, les équipes et les situations professionnelles.


Un géologue apprend d’abord à observer. Une roche n’est jamais seulement une roche. Une vallée n’est jamais seulement une vallée. Le paysage que nous voyons aujourd’hui est le résultat provisoire d’une histoire faite de dépôts, de transformations, de contraintes, de ruptures, d’érosion et de réorganisations.


Avec le temps, j’ai retrouvé cette manière de regarder dans ma pratique du coaching.


Changer d’échelle de temps


La géologie oblige à sortir de l’immédiat. Certaines transformations sont brutales : une éruption, un glissement de terrain, un séisme. D’autres sont presque imperceptibles : l’érosion d’un relief, le déplacement d’un cours d’eau, la transformation progressive d’un paysage.


Dans une équipe ou une organisation, les changements obéissent eux aussi à des temporalités différentes. Une décision peut être immédiate. Une évolution culturelle demande parfois plusieurs années.


Une première question peut alors devenir utile en coaching : À quelle échelle de temps sommes-nous réellement en train de regarder notre problème ?


Lire les strates


Une strate géologique est une trace du passé. Elle raconte quelque chose de ce qui s’est produit avant elle : dépôt, environnement, transformation, parfois événement brutal.


Les collectifs humains ont eux aussi leurs strates. Une équipe possède une histoire. Des habitudes se sont installées, des décisions ont laissé des traces, des réussites ont créé des références, des difficultés ont parfois produit des mécanismes de protection. Ce qui se passe aujourd’hui ne peut pas toujours être compris en regardant uniquement le présent.


Le rôle du coach n’est pas de « fouiller le passé » pour lui-même, mais d’aider à identifier ce qui, dans cette histoire, continue à agir dans le présent.


Regarder les failles autrement


En géologie, une faille correspond à une rupture ou à un déplacement de terrains. Dans une équipe, les désaccords, tensions ou ruptures peuvent eux aussi devenir des indices. Il ne s’agit évidemment pas de considérer tout conflit comme positif. Une tension peut être destructrice. Mais elle peut aussi révéler une contrainte, une divergence de représentation ou une transformation devenue nécessaire. Plutôt que de chercher immédiatement à faire disparaître la « faille », le coaching peut permettre de comprendre ce qu’elle révèle du système.


L’érosion et les petits changements


L’érosion offre une autre lecture du changement. Un paysage peut être profondément transformé sans qu’un événement unique en soit responsable. L’eau, le vent, le gel et le temps produisent progressivement leurs effets. Dans une organisation, certaines transformations fonctionnent de la même manière. Un changement de comportement, une nouvelle façon de communiquer, une décision prise différemment ou une meilleure écoute peuvent sembler modestes. Leur répétition peut pourtant modifier progressivement le fonctionnement collectif. Le changement n’est donc pas toujours une rupture. Il peut aussi être une accumulation de petits déplacements.


Du regard géologique au Géomimétisme


C’est à partir de cette expérience que j’ai commencé à formaliser ce que j’appelle le Géomimétisme. Il ne s’agit pas de copier la nature ni de chercher dans les roches des recettes applicables aux humains.


Il s’agit plutôt de prendre les dynamiques de la Terre comme objets d’observation : les temps longs, les cycles, les contraintes, les ruptures, l’érosion, la construction et la transformation des paysages.


La question devient alors : Que se passe-t-il si nous changeons notre regard sur une situation humaine en la mettant temporairement en perspective avec ce que nous observons dans le paysage ?


Le paysage devient un support de déplacement du regard.


De la géologie au coaching, du coaching à Géobalade


C’est précisément ce qui relie aujourd’hui mes deux activités. Dans le coaching, j’accompagne une personne ou une équipe pour clarifier une situation, faire émerger ses propres ressources et ouvrir des possibilités de choix. Dans Géobalade, je propose de marcher, observer et comprendre un paysage avec un regard de géologue, mais aussi avec cette posture d’accompagnement. Marcher permet de changer de point de vue. Observer une strate, une faille ou une vallée permet de regarder autrement ce qui semblait familier. La Terre n’est pas un modèle à reproduire. Elle est un terrain d’observation.


C’est peut-être là que se trouve le lien entre géologie, coaching et Géobalade : utiliser le paysage pour déplacer le regard, et parfois permettre de voir autrement une situation dans laquelle nous étions jusque-là enfermés.


Ludovic Durand